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II

L'aubergi'ste avait déclaré à Maigret:

‐Avant:hier, dans la soirée, j‘ai vu arriver un jeune couple

dans une auto grise, celle qui a été retirée dela rivière.j’ai pensé aussitôt que c’était des jeunes mariés. Voici la fiche que j’ai fait remplir.

:

On lisait:

«Jacques Vertbois, 20 ans, 18, rue des Acacias, à Paris.»

La réponse aux questions de la fiche était: venant de Paris,

allant à Nice.


'Enfin, le jeune homme avait ajouté: «Et madame».

‐‐... Une jeune personne très jolie, de dix-sept à dix-huit ans, répondait le patron à Maigret. Elle était vêtue d’une robe trop lé-gère pour la sàison et d’un manteau de sport.

-- Le couple avait des bagages?' ‐ Une valise, elle est toupurs la-haut...

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‐- lls paraissaient nerveux?

‐- Pas spécialement... vous dire vrai, ils pensaient plutôt à l’amour et ils ont passé une bonne partie de la journée d’hier dans leur chambre...

‐‐lls ne vou sont pas dit pourquoi, allant à Nice,ils se sont arrêtés à moins de cent kilomètres de Paris?

-‐ je crois qu’ils se seraient arrêtés n’importe où, pourvu qu’ils aient une chambre...

‐- Et l'auto?

‐- Elle était dans le garage... Vous l'avez vue...

‐‐Vous n’avez pas eu la curiosité d’ouvrir le coffre?

‐- je ne me permettrais jamais...

‐‐ En somme, le couple devait revenir chez vous pour coucher?

‐- Pour dîner et pour coucher...

‐‐ A quelle heure la voiture est-elle sortie du garage?

‐‐Very quatre heures et demie...j'ai supposé que nosjeunes

gens avaient envie, après être restés si longtemps enfermés dans leur chambre, de sortir... la valise était toujours là, si bien queje ne m’inquiétais pas pour la note...Si bien que cela se résumait ainsi:


Le lundi, vers cinq heures de l'après-midi. un certain jean Vertbois. vingt ans, demeurant 18rue des Acacias, à Paris, achetait unevoiture qu'il payait avec cinq billets demille francs. (Le garagiste, on venait de le téléphoner à Maigret, avait l’impression que le portefeuille de son client contenait une liasse assez

importante de billets.)


De la journée de mardi on ne savait encore rien.

Le mercredi à la soirée, le même Vertbois avec savoiture,

arrivait à l'Auberge aux Noyésàamoins de cent kilomètres de Paris, en compagnie d’une très jeune fille que le patron de l’au‐ berge prenait pour une personne de bonne famille.

Le jeudi, le couple sortait en a u t o comme pour une simple promenade dans la région et quelques heures plus tard l’auto était heurtée par un camion à sept cent mètres de l’auberge et le chauffeur du camion, ainsi qu’un marinier, croyaient entendre des appels dans la nuit.

De jean Vertbois et de la jeune fille, aucune trace. Toute la gendarmerie du pays enquêtait depuis le matin dans la région.

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Dans les gares, rien! Dans les fermes. dans les auberges, sur les routes, rien!

Par contre, dans le coffre de l‘auto, on découvrait le cadavre d'une femme de quarante - cinq à cinquante ans, très soignée, très coquette.

Et le médecin légiste“ confirmait que cette femme avait été assassinée le lundi à coups de rasoir! 

Avec moins d’assurance, le médecin légiste laissait entendre en outre que le corps avait été mis dans le coffre quelques heures seulement après la mort .


La conclusion était que, quand le couple était arrivé à l’au‐ berge, il y avait déjà un cadavre dans la voiture!

Vertbois le savait‐il?

Sajeune compagne le savait-elle?

Que faisait leur voiture à huit heures du soir, sans lumières,

au bord de la route?

Qui était dans l‘auto à ce moment?

Et qui avait crié dans la nuit?

Les journalistes considéraient l‘auberge comme terrain conquis et s’installaient en maîtres,A emplissant toutes les pièces de leur vacarme. '

Le capitaine s'assit en face de Maigret.

‐ je commence à croire que cet accident de la route,si banal

au début, va devenir petit à petit une des affaires les plus mystérieuses qu‘il soit possible d'imaginer...

‐ Quandnous saurons qui est cette jeune fille belle et amoureuse...

Une grosse auto, conduite par un chauffeur en livrée, s’ar‐ rêtait devant la porte, et un homme à cheveux gris en descendait.

‐‐Tenezl murmura Maigret.je parie que voici son père!

***

Le commissaire ne s'était pas trompé.

‐ Germain La Pommeraye, notaire à Versailles. Vous l’avez retrouvée?

‐ je vais être obligé, soupira Maigret, de vous poser un certain nombre de questions assez précises dont je m‘excuse. Pou‐vez‐vous me dire tout d'abord ce qui vous a fait penser que votre fille pouvait être mêlée à cette affaire?


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‐Vous_ allez comprendre. Ma fille Viviane a dix-sept ans et en paraît vingt. je dis a, alors que, sans doute, je devrais déjà dire avait... C’est une impulsive... Et, à tort ou à raison,je me suis tou‐ jours refusé à contrarier ses instincts...j’ignore où elle a fait con‐ naissance de ce jean Vertbois, mais je crois me souvenir que

c’est à la piscine, ou dans un club sportif... _

‐ Vous connaissez personnellement jean Vertbois?

‐ je l’ai vu une fois. Ma fille, je le répète, est une impulsive.

Un soir, elle m’a déclaré: «Papa,je me marie!»

-‐Continuez, monsieur!

‐‐-j’ai d’abord pris la chose en plaisantant. Puis, voyant que

c’était sérieux, j’ai demandé à voir le candidat. C'est ainsi qu’un après-midi jean Vertbois est venu à Versailles. j’ai demandé au jeune homme avec quelles ressources il comptait faire vivre une femme et il m’a répondu avec franchise qu’en attendant une

situation plus brillante la dot de ma fille empêcherait en tout cas celle-ci de mourir de faim. Comme vous le voyez, le type même du petit arriviste" cynique dans ses propos comme dans ses atti‐ tudes... Après une heure je l'ai mis à la porte.

‐ Combien de temps y a-t‐il de cela? questionna Maigret.

‐ Une semaine à peine. Lorsquej’ai vu ma fille, ensuite, elle m'a déclaré qu’elle n‘épouserait pas d’autre homme que Vert‐ bois, et , ma foi, elle m’a menacé, si je ne consentais pas au ma‐ riage, de s'enfuir avec lui... Or, depuis mardi après-midi, Viviane a disparu... Dès mardi soir, je me suis rendu au domicile de Vertbois, mais on m’a répondu qu’il était parti en voyage, accom‐ pagné d’une très jeune fille, c'est‐à‐dire de Viviane... Voilà pour‐ quoi quand, ce midi,j’ai lu dans lesjournaux le récit des événe‐ ments de la nuit...

il restait calme et digne.

‐ je vous demande une seule chose, commissaire, la franchise ! A votre avis, ma fille est‐elle vivante?

Maigret fut un bon moment sans répondre. Enfin il murmura: ‐Laissez-moi d’abord vous poser une dernière question.


Vous me semblez connaître très bien votre fille.Croyez‐vou sque votre fille, apprenant que Vertbois était un assassin, se serait fait sa complice par amour? Ne répondez pas trop vite. Supposez quevotre fille arrive chez son amant...je vous demande pardon, mais le mot est malheureusement exact... Elle apprend que, pour pouvoir s’enfuir avec elle et trouver l’argent nécessaire à cette fuite, il a été amené à tuer...

Les deux hommes se turent. Enfin M. La Pommeraye soupira:

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 je ne sais pas...

‐ ‐ je l'espère!

‐Comment?

‐‐Parce que, si jean Vertbois n’a rien à craindre de sa com‐

pagne, il n'a aucune raison de la faire disparaître. Si, au con‐ traire, par exemple. en découvrant le cadavre dans le coffre.

votre fille a manifesté son indignation et l‘a menacé...

‐ je comprends ce que vous voulez dire, mais je ne com‐ prends pas la suite des événements tels que les journaux nous

les ont retracés. L‘auto, au moment de la collision n’était pas vide, puisque le chauffeur du camion et un marinier ont entendu des cris. Vertbois et Viviane n'avaient aucune raison de se quitter... il est donc probable...

‐Depuis ce matin, on drague la rivière. jusqu’ici on n’a obtenu aucun résultat.

‐Croyez-vous qu’il me reste des chances de retrouver ma fille vivante?


Maigret n’osa pas lui répondre que, dans ce cas, Viviane

La Pommeraye serait probablement inculpe‘e de complicité d’assassinat!