Propositions de questionnements à partager avec d’autres territoires en bataille de par l’Europe

Propositions de questionnements à partager avec d’autres territoires en bataille de par l’Europe


En vue notamment des rencontres du 27 août au 2 septembre

à l’Ambazada (zad de Notre-Dame-des-Landes)



Précisions : Les questions rassemblées ici sont celles qui émergent généralement de territoires en lutte d’une ampleur relativement similaire à la zad en termes d’espace et de nombre de personnes. En effet, il nous semble que l’échelle de l’expérience induit en grande partie les difficultés qui se posent à elle et les réponses qu’elle peut y apporter.



  • Axe de réflexion numéro 1 - Naissance et apparition d’un territoire en bataille.

Comment s’interrompt le cours normal des choses ? Comment la subversion présente à un endroit prend d’un seul coup des proportions inédites ? Comment les énergies rebelles s’engouffrent dans une brèche et créent une transformation en profondeur de l’existant ? Qu’est-ce qui fait déclic ? Il ne s’agit pas de vouloir réduire ou nier la longue maturation et les nombreuses causes qui amènent à ce basculement, mais de les interroger dans un premier temps depuis ce moment du déclenchement, ce point d’où les choses chavirent et laissent à entendre que quelque chose a déjà fondamentalement changé



  • Axe de réflexion numéro 2 - Habiter un territoire.

Comment habite-t-on cette nouvelle situation ? Comment se contrecarrent les tentatives de retour à l’ordre, et se déploie une inventivité propre ? Comment l’imprévu se prolonge et l’exceptionnel devient un quotidien inédit avec ses rythmes et son temps ? Comment habiter celui-ci, comment y vivre et y lutter ? Qu’est-ce qui vient « passionner » le territoire ? Quelles formes, quels gestes, efforts, pensées secouent ceux qui l’habitent ? Comment s’y construisent les maisons et les outils d’un monde neuf ? Quelle place y occupent les communs, l’organisation et la vie collective ? Quelle forme prend cette dernière ? Y a-t-il l’invention d’une géographie propre, des changements dans les noms et les aspects, les circulations et les fonctions… Comment se construit ou pas une culture commune, une manière de raconter, de mettre en récit cette vie-là ? Comment se créent ou pas des imaginaires et des identités, des œuvres communes ?


  • Axe de réflexion 3 – Entre-soi et porosité du territoire.

Des territoires aussi spécifiques se retrouvent au cœur de circulations multiples et complexes. D’une part, le fort pouvoir d’attraction qu’ils exercent font qu’ils sont sans cesse rejoints. Nombreux sont ceux qui y projettent un possible changement de vie, la possibilité de déserter ou de venir renforcer une utopie désirable. Comment accueillir au mieux sachant que chaque nouvelle arrivée vient inéluctablement bousculer les précaires équilibres existants ?

D’autre part, il y a les liens avec le voisinage, les habitants des alentours, qu’ils soient sympathisants ou non, mais aussi ceux qui ont ou avaient un usage quelconque des lieux : promeneurs, chasseurs, club de sport… Quelles porosités, complicités ou frictions ont été vécues, tentées, explorées à cet endroit-là ?


  • Axe de réflexion numéro 4 – Les inspirations du passé.

Les mouvements de lutte s’enrichissent de l’expérience de ceux qui les ont précédés, mais parmi tous ces fragments du passé certains sortent du lot, parlent plus et mieux. Soit que leurs styles, leurs techniques, leurs arguments soient opérants, soit qu’ils aient servi de référence sur ce même territoire et fassent partie d’une sorte de patrimoine commun. Nous aimerions que chaque territoire raconte ses multiples références historiques et les voix par lesquelles elles sont transmises et réactualisées, que ce soient des histoires de luttes ou non.


  • Axe de réflexion numéro 5 - S’organiser.

La première dimension de cette question concerne les prises de décision internes au territoire. Comment les choix sont-ils réalisés dans les assemblées, les commissions, des groupes divers et variés ? Il y a notamment un questionnement à nourrir autour des idées de consensus, de démocratie et de leurs limites. Il nous intéresse également de questionner comment se régulent les conflits de la vie quotidienne, sans ou en limitant les recours à la police à la justice.

Mais la question de l’organisation se déploie également sur un plan plus large, celui de la lutte pour défendre ce territoire avec d’autres qui n’y habitent pas. L’idée de composition et ses limites est au centre de cette question. Quelles sont les possibilités et les limites des alliances dans un mouvement de lutte, notamment avec des organisations politiques traditionnelles ? Comment se combinent les modes d’action pour éviter les blocages et trouver une certaine harmonie, notamment entre l’action populaire de masse et celle minoritaire de certaines franges du mouvement.


  • Axe de réflexion numéro 6 – Durer, se projeter, au-delà des défaites et des victoires.

Comment affronter/dépasser l’inéluctable répression qui frappe nos résistances ? Que faire d’un échec (expulsion / projet construit), d’un retour à la vie normale ?

Que faire d’une victoire ? Comment conserver, prolonger et imaginer positivement un espace, une fois que celui-ci se retrouve amputé de la part de négativité et d’opposition sur laquelle il s’était bâti ? Comment ce territoire se donne-t-il les moyens de durer dans le temps, alors que dans notre monde, c’est une des prérogatives exclusives de l’État ? Enfin, par quel rapport avec l’État cette velléité passe-t-elle ? Affrontements, négociations, les deux alternativement ?


Au fil du temps, s’instituent sur le territoire des pratiques, habitudes, coutumes ou modes d’organisation. Nous assistons donc à un procédé instituant qui doit toujours prendre garde de ne pas créer d’institution, c’est-à-dire de formes figées qui sclérosent, fixent et brident nos possibilités. Comment conserver une souplesse coutumière sans pour autant remettre en cause en permanence les formes que l’on se donne ? Et à l’inverse, comment ne pas être coincés dans des formes qui se referment sur elles-mêmes, dans des modes d’organisation qui n’ont plus d’autre but que de se reconduire eux-mêmes ?