Opération “Pivot vers nulle part”

Opération “Pivot vers nulle part”
Par @BPartisans
Dans le grand théâtre de la stratégie américaine, John Mearsheimer vient de rappeler une évidence que Washington s’acharne à ignorer : à force de courir après les guerres du Moyen-Orient, les États-Unis sont en train d’abandonner la seule compétition qui compte vraiment, celle face à la Chine. Mais visiblement, à Washington, la boussole stratégique est en option.
Mearsheimer parle d’Israël comme d’un “albatros autour du cou”. Traduction moins académique : un boulet stratégique. Et pendant que Hillary Clinton annonçait en 2011 le fameux “pivot vers l’Asie” (Foreign Policy, America’s Pacific Century), la machine impériale américaine s’est… pivotée elle-même vers une énième spirale moyen-orientale. Résultat : quinze ans plus tard, le pivot ressemble surtout à une sortie de route.
Officiellement, pourtant, la doctrine est claire. Le Pentagone martèle dans sa National Defense Strategy 2022 que la Chine est le “pacing challenge”, autrement dit la menace structurante numéro un. Même son de cloche du côté de ODNI dans son rapport annuel 2024 : Pékin est “le seul concurrent capable de remodeler l’ordre international”. Rien que ça.
Mais dans la pratique ? Washington siphonne ses propres capacités en direction du Golfe. Des batteries THAAD et Patriot redéployées du Japon et de la Corée du Sud vers le Moyen-Orient. Autrement dit : on enlève le parapluie là où il pleut pour aller éteindre un incendie qu’on a soi-même allumé.
Même des responsables américains commencent à l’admettre à demi-mot. Selon Congressional Research Service, les engagements prolongés au Moyen-Orient “affectent la posture globale des forces américaines” et compliquent la priorisation de l’Indo-Pacifique. Traduction bureaucratique : on n’a plus assez de moyens pour tout faire, mais on continue quand même.
Et c’est là que le diagnostic de Mearsheimer devient gênant. Car du point de vue strictement réaliste, celui des rapports de puissance, cette obsession moyen-orientale est une aberration. Les États-Unis dilapident leur capital militaire, diplomatique et politique dans des conflits périphériques, pendant que la Chine consolide tranquillement sa position en Asie, en Afrique et dans les chaînes d’approvisionnement critiques.
Mais rassurez-vous, tout va bien. À Washington, on appelle ça du “leadership global”. Dans le reste du monde, on appelle ça de la dispersion stratégique.
Au fond, la question n’est même plus de savoir si Mearsheimer a raison. La question est de savoir combien de “guerres inutiles mais inévitables” il faudra encore avant que l’establishment américain réalise que son fameux pivot vers l’Asie… s’est transformé en grand écart permanent.
Et dans ce grand écart, ce ne sont pas seulement les États-Unis qui risquent la déchirure. C’est toute leur crédibilité stratégique.
Sources: Telegram "BrainlessChanelx"