Auto-sabotage
Tsouyou / 14 septembre 2025J’ai cassé deux histoires. Une main qui lâche, deux portes qui claquent,
Parce que je me porte en procès, que je rends ma joie suspecte.
J’ai planté des couteaux dans des sourires qui m’aimaient,
J’ai posé des pièges là où on posait des doigts, par peur d’être aimé.
Je me déteste en silence, c’est un bruit sourd dans mes nuits,
Une petite voix qui creuse, qui souffle que je ne suis pas permis.
Alors je pousse, je fuis, je mens même quand j’avoue,
Je sabote les rires, j’éteins la lumière quand quelqu’un s’approche.
La première fois, j’ai confondu liberté et abandon,
J’ai traduit l’attachement en chaînes, et j’ai brisé le balcon.
La seconde, j’ai lu des trahisons où il n’y avait qu’un geste,
J’ai imaginé l’échec, et j’ai pris la fuite comme la peste.
Je me dis que je n’ai pas droit à un bonheur si clair,
Comme si le bonheur avait des papiers que je ne tiens pas dans mes mains.
Je ramène mes cauchemars à la table, j’invite la confusion,
Je transforme l’amour en procès, je le condamne sans raison.
Et eux repartent, perplexes, les bras pleins de promesses vaines,
Moi je reste, avec ma peine comme unique compagnie.
Je me plains, je pardonne, mais je répète la même erreur,
Parce que la haine de soi pèse plus fort que la peur du malheur.
Parfois je voudrais être moins miroir, moins reflet qui déforme,
Moins ce saboteur discret qui détruit sans uniforme.
Je voudrais apprendre à laisser, à ne pas tout démonter,
À croire que le fait d’aimer ne m’oblige pas à me punir, à me nier.
Je sais la route cicatrice, répétition, repentir tardif,
Mais je commence à voir qu’on peut recoudre ce qui est vif.
Pas pour effacer les deux chutes, ni pour voler leur leçon,
Mais pour ne plus planter mes mains dans le seul abri que l’on m’offre : la passion.
Je n’exige pas d’être pardonné, je demande juste d’essayer,
D’apprendre à accueillir le possible sans le rejeter.
Ce travail sera lent, maladroit, souvent accompagné de nombreux éclats,
Mais je veux moins me briser et peut-être, un jour, avoir droit au bonheur, tout simplement.
c, L.