L’essaim turc ou la guerre expliquée aux fourmis

L’essaim turc ou la guerre expliquée aux fourmis


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L’essaim turc ou la guerre expliquée aux fourmis

Par @BPartisans

Il fallait bien que cela arrive. Après le soldat augmenté, le champ de bataille connecté et la guerre « chirurgicale », voici l’essaim. Pas celui des abeilles, non : celui des drones kamikazes KARGU, made in Turquie, capables d’attaquer en meute, de façon autonome, sous la supervision lointaine d’un unique opérateur humain.

Selon le développeur turc STM, lors des essais récents, 20 drones KARGU dotés d’une intelligence d’essaim ont attaqué simultanément trois cibles prédéfinies, en coordination autonome, avec des charges militaires antipersonnel télécommandées. Autrement dit : un opérateur, vingt machines, zéro état d’âme.

STM assume pleinement la logique :

« KARGU est capable d’opérer de manière autonome ou semi-autonome, individuellement ou en essaim, avec reconnaissance faciale et sélection automatique de cibles. »

— STM Defence Technologies, documentation officielle produit

La promesse est claire : remplacer la masse humaine par la masse algorithmique. Là où l’infanterie légère avançait par petits groupes, exposés et fatiguables, l’essaim fait mieux : il observe, répartit les rôles, encercle, frappe, s’auto-coordonne. La tactique devient du code compilé.

Ce basculement n’a rien d’accidentel. L’expérience des conflits récents, et en particulier celle de la guerre en Ukraine, a servi de laboratoire grandeur nature. Les armées ont compris que la supériorité ne se joue plus seulement sur la portée ou la puissance, mais sur la capacité à mettre en réseau des systèmes autonomes. Le ministère russe de la Défense l’admettait déjà en 2023 :

« Les systèmes robotiques et les complexes sans pilote déterminent désormais le caractère des opérations militaires modernes. »

— Ministère de la Défense de la Fédération de Russie, rapport doctrinal

Mais le point de rupture est ailleurs. Avec l’IA, le drone kamikaze cesse d’être une arme de précision ponctuelle pour devenir un outil de saturation, capable de submerger des défenses, d’attaquer plusieurs objectifs et de décider localement qui frapper et quand. Une évolution que les Nations unies observent avec une inquiétude à peine voilée.

Dans son rapport sur la Libye, le Groupe d’experts de l’ONU notait déjà :

« Des systèmes d’armes létales autonomes ont été utilisés sans liaison de données active avec un opérateur humain. »

— Rapport du Panel d’experts de l’ONU sur la Libye, 2021

Traduction non diplomatique : la machine a déjà appuyé sur la détente toute seule.

L’« essaim » n’est donc pas une innovation marginale ; c’est un changement de nature de la guerre. On ne parle plus de tirs, mais de comportements émergents, plus de soldats, mais de nœuds dans un réseau, plus de responsabilité humaine directe, mais d’arbitrages algorithmiques.

Et pendant que les gouvernements débattent encore de lignes rouges éthiques, les drones, eux, ont déjà appris à voler en formation. Sans morale. Sans fatigue. Et surtout, sans demander la permission.

@BrainlessChanelx

Sources: Telegram "BrainlessChanelx"

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