Les banques s’accrochent à Hong Kong, les riches Chinois s’inquiètent

Les banques s’accrochent à Hong Kong, les riches Chinois s’inquiètent

Courrier international
Alors que Pékin va imposer à Hong Kong une loi sur la sécurité nationale qui fait craindre pour l’État de droit et la liberté d’expression, les banques internationales s’en accommodent, et les riches Chinois s’inquiètent

La loi sur la sécurité nationale à Hong Kong force les banques et les grandes entreprises à choisir leur camp, écrit Lionel Barber, ancien rédacteur en chef du Financial Times, dans le webzine Nikkei Asian Review.

Deux grandes banques, la HSBC et la Standard Chartered Bank, “ont abandonné leur neutralité habituelle et apporté un soutien public à cette loi”, rapporte l’auteur. La première a déclaré dans un message posté sur les réseaux sociaux qu’elle “respecte et est en faveur de tout ce qui stabilise l’ordre social à Hong Kong”. La deuxième, qu’elle croit que cette loi “peut aider à maintenir à long terme la stabilité économique et sociale de Hong Kong”.

“Un impératif pour la croissance à long terme”

Les deux établissements enregistrés en Grande-Bretagne et historiquement liés à l’Asie et à la Chine ont été immédiatement critiqués par les défenseurs des droits de l’homme, mais ils ne faisaient là que prendre la suite des sociétés Jardine Matheson et Swire Pacific, deux compagnies de commerce hongkongaises, souligne toutefois Lionel Barber.

“En privé, les hommes d’affaires admettent qu’ils vont ‘avaliser’ cette loi, car l’accès au marché chinois est un impératif critique pour leur croissance à long terme”, commente l’auteur, qui ajoute :

Mais la grande question est de savoir comment cette souplesse mêlée de réticence des entreprises – on pourrait la qualifier de résignation – va affecter les perspectives à long terme de Hong Kong comme centre financier.”

Sans compter que cette attitude va à l’encontre de la position britannique face à l’imposition de la loi sur la sécurité nationale par Pékin. Le Premier ministre Boris Johnson a en effet indiqué qu’il était prêt à modifier les conditions de venue des porteurs hongkongais de passeports British national overseas et à ouvrir la voie à leur installation.

Des Chinois attachés à la libre circulation des capitaux

De leur côté, les riches investisseurs chinois s’inquiètent du devenir de leurs investissements à Hong Kong, écrit le South China Morning Post. Ils sont attachés “à la circulation libre des capitaux, l’Internet non censuré et l’État de droit maintenu par une justice indépendante. Toutes ces libertés qui leur ont permis de placer leur argent dans la ville et d’accéder au monde extérieur”, précise le quotidien anglophone. La Chine impose un contrôle strict des capitaux et interdit tout investissement direct dans des biens ou des entreprises étrangères à ses ressortissants, mais il est de notoriété publique que ceux-ci passent par des placements à Hong Kong : assurances, Bourse, immobilier, tout leur est bon pour placer l’argent en sécurité.

Un nouveau “paradis de la consommation” sur une autre île ?

Un nombre croissant de compagnies chinoises – dont les géants que sont Alibaba, Ping An ou Tencent – ont été également cotées à la Bourse de Hong Kong ces dernières décennies, poursuit le journal. Elles étaient 1 241 à la fin de l’année 2019, soit la moitié du total. Et c’est sous condition d’anonymat qu’un expert économique installé dans la province limitrophe du Guangdong déclare :

En apparence, [les riches Chinois] s’opposent totalement au mouvement démocratique et antigouvernemental à Hong Kong et soutiennent fermement la loi sur la sécurité nationale. En réalité, ils voteront avec leurs pieds et partiront là où ils pensent que leur argent et leur famille seront en lieu sûr.”

Dans ce contexte, il n’est pas anodin que Xi Jinping ait annoncé début juin l’attribution à Hainan, île se trouvant au sud du Guangdong, d’un certain nombre d’avantages financiers et commerciaux qui pourraient avec le temps transformer l’île touristique en un port franc, selon le webzine Asia Times. Ce statut spécial prévoit l’abolition de toute taxe d’importation sur les biens de consommation et le plafonnement de l’imposition sur les sociétés et les salaires à 15 %. Un système douanier séparé, fonctionnel dès 2025, pourrait tout du moins transformer l’île en paradis de la consommation rivalisant avec Hong Kong. Les consommateurs chinois pourront y dépenser jusqu’à 100 000 yuans (12 500 euros) sans taxe, contre 5 000 yuans (620 euros) par voyage à Hong Kong aujourd’hui.


Courrier international - 10/06/2020