LE VIVRE-ENSEMBLE CONGOLAIS

LE VIVRE-ENSEMBLE CONGOLAIS
Les Congolais aspirent profondément à l’unité. Mais l’unité ne se décrète pas : elle se construit. Et pour qu’elle soit réelle, durable et sincère, elle doit reposer sur des compétences que nous devons apprendre, enseigner et incarner.
Aujourd’hui, l’expérience du pouvoir de l’UDPS nous révèle une faiblesse majeure dans notre conception du vivre-ensemble : la contradiction y est souvent perçue comme un tabou.
Dans certains cas, contredire le chef est assimilé à une trahison, voire à une hostilité envers la République. Or, dans une vision inspirée de nos sagesses, la contradiction n’est pas une menace, mais une richesse. Elle est une preuve de vie, d’intelligence collective et de liberté intérieure.
Le vivre-ensemble est un processus long, exigeant, parfois inconfortable. Il ne sera jamais parfait, et il est illusoire de croire qu’il peut atteindre 100 %. C’est mathématiquement et humainement impossible.
Dans chaque société, il existe des forces de division, des individus qui prônent l’exclusion ou le repli identitaire. Mais il existe aussi des consciences éveillées qui œuvrent pour l’unité. C'est des bonnes guerres.
La République Démocratique du Congo est une terre de diversité : diversité de cultures, de langues, de visions du monde. Cela implique naturellement une diversité de pensées et de comportements. Il est donc normal que certaines perceptions existent qu’elles soient justes ou non, comme celles qui consistent à dire qu’un Muluba ne peut pas diriger, qu’un Muswahili est dangereux ou qu’un Mungala est incapable.
Ces idées, bien que problématiques, sont le reflet d’histoires, de peurs et de constructions culturelles qu’il faut comprendre pour mieux les transformer.
C’est ici que la responsabilité de l’État devient centrale. L’État n’a pas encore suffisamment investi dans la formation des citoyens au vivre-ensemble. Il ne suffit pas de prêcher l’unité : il faut former les esprits à l’écoute, à la gestion des conflits, à la tolérance et à l’intelligence émotionnelle.
La sagesse des nos ancêtres nous enseigne que l’homme ne s’élève pas seul, mais avec et par les autres.
Un autre défi majeur réside dans la posture de nos dirigeants. Trop souvent, ils projettent une image d’infaillibilité. Ils ne montrent pas leurs vulnérabilités, n’osent pas dire “je ne sais pas”, et sollicitent rarement l’intelligence collective interne. Au lieu de cela, ils se tournent vers l’extérieur pour résoudre des problèmes profondément internes.
Pourtant, aucun peuple ne peut se construire durablement en ignorant ses propres ressources humaines.
Je vous invite à un changement radical : écouter le peuple, réellement.
Permettre à chaque Congolais de s’exprimer librement, avec toute la richesse de son identité, même dans ce qu’elle a de plus enraciné, de plus "tribal". Non pas pour diviser, mais pour comprendre. Car c’est dans l’écoute profonde, sans jugement, que naît la véritable unité.
Le vivre-ensemble ne se construit pas dans le silence imposé, mais dans la parole libérée et respectée. Il ne naît pas de l’uniformité, mais de l’harmonie des différences.
Tombwa-Tombwa
Non pas en effaçant nos différences, mais en les transformant en force collective
Nous devons nous former pour nous aimer et nous faire confiance.
Mabe eleki mingi, Tozo tonga bosangani likolo ya bobwani.
1994 : RWANDA.