Hong Kong : des centaines de manifestants arrêtés après l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité

Hong Kong : des centaines de manifestants arrêtés après l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité

Agnès Gaudu
C’est un régime de surveillance et de répression inconnu jusque-là à Hong Kong qui entre en vigueur sur le territoire. Dans une ville quadrillée par la police, des milliers de Hongkongais manifestent pourtant à visage découvert. Déjà près de 200 d’entre eux ont été interpellés.
La police anti-émeute à Hong Kong le 1er juillet 2020. Tyrone Siu / Reuters


Au moins 180 Hongkongais ont été arrêtés dès le 1er juillet, en vertu de la nouvelle Loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, rapporte le live du South China Morning Post. Un peu plus tôt, deux premières interpellations avaient été capturées par les photographes du quotidien Apple Daily. Dans une ville où des centaines de manifestants se pressent ici et là, on peut voir un quadragénaire isolé et une femme âgée porteuse d’un panneau disant “Hong Kong indépendant !” emmenés par les policiers, selon les photographes du journal.

Les manifestants sont dans les rues pour protester contre l’entrée en vigueur de la loi décrétée par Pékin, le 30 juin à 23 heures. Ce 1er juillet marque aussi le 23e anniversaire de la rétrocession de l’ancienne colonie par la Grande-Bretagne, en 1997, alors que l’accord entre les deux pays prévoyait “50 ans sans changement” dans le système politique et économique de la Région administrative spéciale.

La nouvelle loi punit tout ce qui est considéré comme “séparatisme, subversion du pouvoir de l’État, terrorisme et collusion avec des forces étrangères pour nuire à la sécurité de l’État”, précise le Ming Pao. Dès l’annonce de l’entrée en vigueur de la loi, sept organisations démocrates et localistes ont déclaré leur dissolution, poursuit le quotidien, ajoutant :

C’est la mort de la formule ‘Un pays, deux systèmes’, déclare unanimement le camp des démocrates, tandis que les élus du camp ‘constructif’ [pro-pékin] au Conseil législatif (Legco) ont diffusé une déclaration de soutien total à la loi sur la sécurité nationale, qui est pour eux ‘une boussole et un bâton sacré’.”

Le journal ajoute que “dans une allocution le 30 à la Commission des droits de l’homme des Nations unies, la cheffe de l’exécutif Carrie Lam a estimé que cette loi ne visait qu’une minorité de personnes et ne nuisait pas aux libertés d’expression, de la presse, de réunion et de manifestation à Hong Kong.”

Dans l’arsenal de dissuasion de la police antiémeutes, un nouveau drapeau d’avertissement de couleur violette est apparu : les appels à “l’indépendance, la libération ou la révolution” sont désormais illégaux, même non déployés et non visibles, souligne le South China Morning Post.

Un Office de la sécurité nationale aux pouvoirs étendus

Le contenu de la loi vient juste d’être dévoilé, et le South China Morning Post en résume les dispositions : un Office de sauvegarde de la sécurité nationale est mis en place dans le territoire, qui supervise l’action du gouvernement local en la matière et renforce la contrôle de l’activité des organisations étrangères et internationales. Les membres de cet office ne sont pas soumis aux lois locales et ne répondent qu’au gouvernement central.

Une unité de police spécialisée aux pouvoirs étendus est mise en place : elle peut effectuer contrôles d’identité, écoutes téléphoniques et perquisitions sans mandat du tribunal. L’extradition vers la Chine est autorisée “dans les cas complexes”. La remise en liberté sous caution d’un suspect est conditionné à la certitude “qu’il ne risque pas de commettre un crime contre la sécurité nationale”. Le droit à disposer d’un avocat est garanti mais la presse n’est pas admise lors des procès impliquant des secrets d’État.

Toute atteinte à des biens, des systèmes ou des personnes visant à “forcer” un infléchissement politique sera considérée comme du terrorisme. Toute interférence avec le travail de l’administration sera considérée comme de la subversion. La sécurité nationale sera enseignée dans les écoles, et promue dans les médias et sur Internet. Les sanctions vont, lorsqu’elles sont légères, de l’amende à la détention en “maison de correction”, et jusqu’à trois ans de prison. lorsqu’elles sont lourdes, elles sont comprises entre dix ans de prison ou la détention à vie.

“Non à la loi scélérate”

Les manifestations du 1er juillet – traditionnelles depuis la rétrocession – ont été débutées par des personnalités du mouvement démocrate, “en leur nom propre” sur la rue Hennessy Road dans le quartier de Wanchai sur l’île Victoria, rapporte le live du site Xianggang Duli Meiti Wang. Ils avaient déployé une banderole sur laquelle on lisait : “Non à la loi scélérate sur la sécurité nationale, poursuivons nos cinq demandes” - en référence aux revendications du mouvement contre l’extradition qui depuis un an s’est transformé en mouvement contre la mainmise de Pékin à Hong Kong.

Les vidéos diffusées par les médias hongkongais montrent une forte présence policière face à des manifestants éparpillés. Cette loi “renforce la haine contre le gouvernement central et local et garrotte la liberté et la démocratie pour plus de sept millions de personnes résidant à Hong Kong” écrit l’Apple Daily, principal journal d’opposition.

La dénonciation par la presse étrangère dans le collimateur

La pression s’exerce également sur les organisations non gouvernementales et la presse étrangère, souligne le quotidien. “En Chine, dénoncer les constructions en matériaux déficients, les contaminations par le sida ou la pollution de l’environnement [scandales des deux dernières décennies] a été qualifié de subversion ou d’incitation à la subversion du pouvoir de l’État. Si la presse étrangère dénonce aujourd’hui une collusion entre forces économiques et administration, ou des violences policières, ou que des Hongkongais lâchent de telles informations à des organismes étrangers, ils pourront être accusés de ‘divulgation de secrets d’État’”, s’alarme le journal.

Courrier international - 1er juillet 2020