Histoire de magicien

Histoire de magicien


 

C'est lors du voyage autour du monde que ce magicien a vécu pendant six mois l'événement le plus important qui soit advenu depuis l’âge de 18 ans. Il traversait de Calcutta à Rangoon, capitale de la basse Birmanie sur un bateau. Le voyage devait durer quatre jours et demi. C'était à l'époque de la mousson et une tempête effroyable sévissait sur mer.

 Ce voyage est certes un des souvenirs les plus terribles. Les vagues déferlant de la hauteur d'une maison sur le bâtiment obligeaient les passagers à demeurer cloîtrés dans leurs cabines, tous hublots fermés.

Seul celui qui a fait un pareil voyage peut se rendre compte de ce que représentent ces quatre journées et demie passées sur un tel bateau. Cela représente une vie entière, lui qui faisait calmement son spectacle de magie dans un théâtre quotidiennement. Lui qui faisait rêver et laissait planer un gout de mystère. Du mentalisme, de l'hypnose et tous ces effets en relation avec l'art magique.

On devrait atteindre le phare le quatrième jour, vers 3 heures de la nuit. Mais rien n'apparaissait à l'horizon. Il était un heure de plus lorsque le bateau échoua sur le récif du phare, lequel, ainsi que l'apprît plus tard, avait été emporté la veille par les eaux.

Ce fut, jusqu'à l'aube, une nuit terrible. Le bateau était couché sur le côté. Le capitaine fit mettre à la mer un canot de sauvetage, monté par deux officiers et quatre matelots, dans le but de quérir du secours à Rangoon.

On resta ainsi pendant trois jours pleins, jusqu'à ce que deux bâtiments de la même compagnie, vinssent au secours. On arriva alors où l’on trouva le canot de sauvetage avec les deux officiers et les quatre mate lots. Au moment d'aborder le magicien éprouva un nouveau malheur. Il était huit heures du soir et huit passagers voulaient quitter le bateau. Ils montèrent dans un canot qui sombra en suite du courant formidable du canal de Begy, de sorte que les huit passagers se noyèrent. Après cette catastrophe et pour se remettre de l’émoi, il resta deux mois à Rangoon, où il donna des séances de spectacle de magie en revêtant l’habit de magicien. Avec sa baguette magique et son frac, le jeune public en a eu plein les yeux.

Il se rendis ensuite à Mandalay, la capitale de la haute Birmanie, où il travailla sur ordre et en présence d’un haut dignitaire de Birmanie. De là il dut retourner à Rangoon, pour se rendre ensuite à Singapour. Il avait loué pour deux semaines la Townhalle de Singapour et appris par le secrétaire que quelques mois auparavant une troupe d'illusionnistes y avait donné des séances. Il apprit par les programmes, affiches et lithographies qui s'y trouvaient que ces illusionnistes étaient des connaissances, qui, de là s'étaient rendus à Hong-Kong où il les suivis à l'issue de ses séances.

Pour éviter le typhon qui soufflait alors, il fut obligé de prendre la route de l'ouest, ce qui prolongea le voyage d'une semaine. A l’étonnement la mer était tranquille et le voyage fut agréable. Le capitaine cependant n'arrivait pas â faire le point, en vue de déterminer la route à prendre. Il était très inquiet, car il avait vu à plusieurs reprises le capitaine, et son second, escalader le gros mât dans le but de s'orienter. Les inquiétudes étaient fondées, car bientôt un craquement se fit entendre, on venait de toucher un récif. Un quart du bâtiment se trouvait engagé sur le récif, l'autre partie plongeant dans l'eau profonde. Le lendemain on apprît que l’on se trouvait éloignés de 14 milles anglais de la route, sur un récif de corail blanc dénommé « Scarborough » et que l’on avait fait 76 milles en pure perte.

Les passagers et le magicien ne pouvait espérant aucun secours. Sur l'ordre du capitaine le bâtiment fut vidé. On jeta par dessus bord toutes les soieries, le riz et d'autres marchandises, de même que l'ancre avec sa chaîne, ainsi qu'une ancre de réserve et tout ce qui n'était pas indispensable. Malgré cela, tous les efforts de détacher le bateau du récif en l'allégeant furent vains.

Le capitaine décida alors de détacher un de ses plus grands canots de sauvetage dans lequel s'embarquèrent 16 passagers, 2 officiers et 2 matelots, à destination de Manille. Le magicien fut obligé de les accompagner, toutefois il ne le fit qu'à condition de recevoir du capitaine une lettre qu’il enverrait plus tard à ses parents.

Il fut impossible de prendre la route de Hong-Kong à cause du typhon, de sorte qu’il se dirigeassent sur Manille.

Ils restèrent dans ce canot sept jours et sept nuits, puisant l'eau sans interruption, le bateau n'étant pas étanche. Le sixième jour ils aperçurent le bâtiment espagnol, qui ne les vit pas, ou ne voulut pas les voir. Ils arrivèrent le septième jour à Manille, harassés et privés de nourriture. Ils furent rapidement transportés à l'hôtel pour s’y reposer, ils étaient si fatigués qu’ils ne pouvaient plus nous tenir debout ou assis.

On apprît le lendemain matin que l'officier supérieur avait retenu un bâtiment espagnol pour ramener vers le bateau.

Le magicien accrocha de suite avec le portier de l'hôtel, pour qu'il se mit en route et lui rapportait son matériel, ses tours de magie dans les valises, lui promettant quelques pièces pour la peine. Il ne fut pas peu surpris en apprenant lors du départ du bateau que tous les passagers précédents devaient s'y embarquer. Il ne put donc faire autrement que d'effectuer ce voyage. A la joie de tous ceux qui étaient restés sur les lieux, ils arrivèrent le lendemain et retrouva tout en bon état.

L'aventure au bout du chemin   

Il s'agit alors de dégager le bateau du récif, ce qui occupa durant trois nuits, attendu qu'à cause du reflux on ne pouvait travailler de jour. Une heure après que le bateau fut remis à flot, le bâtiment espagnol quitta et ils se mirent en route pour Hong-Kong, voyage qui, à cause du typhon, dura trois jours au lieu de vingt-quatre heures. Il est facile de s'imaginer dans quel état les passagers et le magicien étaient à l’arrivée à Hong-Kong.

Arrivé à l'hôtel, le magicien appris que l'un des membres de la troupe d'illusionnistes avait été transporté à l'hôpital. Lors de la visite, il lui raconta que, lors d'une représentation qui présentait l'expérience du médium attaché avait été si fortement ligoté avec une ficelle, qu'une veine avait sauté alors qu'il se détachait. Le métier de mentaliste magicien n'est pas de tout repos, il existe des risques inhérents. D'ailleurs un illusionniste de la région Clermontoise en a eu pour ses frais.

Néanmoins, les trois illusionnistes partirent pour Hong-Kong, pour un voyage de trois jours. Le second jour, l’un mourut dans les bras de son frère et il fut très difficile d'obtenir du capitaine de ne pas jeter le cadavre à la mer et d'obtenir qu'il le garda jusqu'à Hong-Kong où il devait être enseveli.

 Il se rendit au cimetière pour y voir sa tombe. C'était une fort belle tombe; sur la pierre se trouvait, encastrée sous verre, la photographie du défunt. Ce dernier était contorsionniste et fort bel homme. Son frère de haute stature, se costumait en chinois. Il avalait des sabres, ce qui lui occasionna un abcès au foie, de sorte qu'il dut être opéré à l'hôpital. Lorsque il voulut le voir, il appris qu'il était mort. Il se rendit alors au cimetière et trouvai la tombe vers celle de son frère. Il serait désirable que les artistes se rendant dans ce pays visitent ces deux tombes.

Lorsque, huit mois plus tard, il se trouvait en Nouvelle-Zélande, et y donnait des représentations, il discourait un soir devant le théâtre lorsque quelqu'un lui frappa sur l'épaule et fut fort étonné de retrouver le second officier qui avait passé sept jours et sept nuits dans le canot de sauvetage. Il avait quitté la marine et avait fondé là-bas une plantation.

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