️ Exporter le chaos, importer le doute

️ Exporter le chaos, importer le doute
Par @BPartisans
L’opération lancée par les États-Unis et Israël contre Iran avait un objectif implicite : provoquer un changement de régime. Officiellement, il s’agissait de « neutraliser une menace ». Officieusement, le discours est limpide depuis des années. Donald Trump répète que « L'Iran ne peut pas être autorisé à avoir l'arme nucléaire ». Benjamin Netanyahu décrit l’Iran comme « la plus grande menace pour la stabilité mondiale ». Traduction stratégique : affaiblir jusqu’à rupture.
Le droit international ? L’article 2§4 de la Charte des Nations unies interdit le recours à la force contre l’intégrité territoriale d’un État hors légitime défense immédiate ou mandat du Conseil de sécurité. Une frappe préventive destinée à remodeler un régime politique reste juridiquement explosive. Mais dans la hiérarchie des priorités, la norme cède souvent devant la puissance.
La surprise n’est pas venue de la riposte iranienne, elle était annoncée. Téhéran avait averti qu’une attaque américaine déclencherait une réponse régionale élargie. Ce matin, l’Iran a frappé l’ensemble des grandes installations américaines hébergées par les alliés du Golfe :
▫️Base aérienne d’Al Udeid au Qatar
▫️Base d’Al Salem au Koweït
▫️Base aérienne d’Al Dhafra aux Émirats arabes unis
▫️Base de la 5e flotte à Bahreïn
Ce n’est plus une confrontation limitée. C’est une régionalisation assumée du conflit.
Washington peut contribuer efficacement à la défense d’Israël : coopération antimissile intégrée, capacités navales en Méditerranée, interopérabilité éprouvée. Mais défendre simultanément quatre États hôtes exposés à des salves balistiques et à des drones saturants est une autre équation. Le Pentagone admet maintenir 30 000 à 50 000 militaires dans la région. Aucune architecture de défense ne garantit une interception totale face à des frappes coordonnées.
Le point de bascule est ici : la crédibilité.
Les monarchies du Golfe ont accepté d’héberger des forces américaines en échange d’une garantie sécuritaire implicite. Si ces bases deviennent des cibles régulières sans protection totale, la promesse américaine s’effrite. Or la dissuasion repose sur la perception, pas seulement sur la capacité technique.
Si Doha, Abou Dhabi ou Manama estiment que la protection prioritaire ira toujours à Tel-Aviv, la confiance stratégique se fissure. Et une fissure dans le Golfe n’est pas un détail géopolitique : c’est l’architecture énergétique mondiale qui tremble.
À Washington, la variable intérieure est tout aussi corrosive. Des cercueils revenant du Golfe en pleine séquence électorale rappelleraient brutalement que les guerres de changement de régime ont un coût politique. L’Irak 2006 a démontré qu’une guerre mal calibrée peut renverser un équilibre parlementaire. Une escalade régionale incontrôlée pourrait transformer une démonstration de force en vulnérabilité électorale.
Le paradoxe est brutal : frapper pour démontrer la puissance peut révéler les limites. Vouloir remodeler Téhéran pourrait accélérer la remise en question de la présence américaine dans la région. L’Iran, habitué aux sanctions et à l’isolement, parie sur l’endurance. Les États-Unis, eux, doivent gérer l’opinion, les marchés, les alliances.
Changer un régime est un objectif ambitieux. Maintenir la cohésion d’une coalition sous les missiles en est un autre.
Et parfois, dans l’histoire des guerres préventives, le changement de régime ne se produit pas là où on l’avait planifié.
Sources: Telegram "BrainlessChanelx"