Europe puissance ou Europe pénitence ?

Europe puissance ou Europe pénitence ?


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Europe puissance ou Europe pénitence

Par @BPartisans

« Faire de l’Europe une puissance indépendante ». La formule d’Emmanuel Macron claque comme un slogan de campagne permanente. « Ce n’est pas seulement être un marché unique, mais une puissance économique (…) protéger notre producteur (…) protéger nos propres marchés. » Sur le papier, c’est du gaullisme 2.0. Dans les faits, c’est parfois du sabotage en open space.

Car pendant que l’Élysée parle d’« indépendance », la Commission européenne publie des communications expliquant que « l’UE doit rester ouverte au commerce et aux investissements » (Communication sur l’“Open Strategic Autonomy”). Autonomie… ouverte. L’oxymore est devenu doctrine.

Même partition du côté d’Ursula von der Leyen, qui martèle dans ses discours sur l’“European Economic Security Strategy” que l’Europe doit « réduire les dépendances critiques » tout en « préservant un environnement commercial ouvert ». Traduction : on dépend moins, mais sans fâcher ceux dont on dépend. C’est de la géopolitique en équilibre sur un fil subventionné.

Macron parle de « protéger nos producteurs ». Très bien. Mais dans le même temps, la Commission négocie le Mercosur, multiplie les accords de libre-échange et rappelle, chiffres à l’appui, que « plus de 30 millions d’emplois en Europe dépendent des exportations » (données officielles de la Commission). Protéger le producteur, oui, à condition qu’il survive à la concurrence qu’on lui organise.

Quant à l’« indépendance énergétique », la réalité statistique d’Eurostat est moins lyrique : l’UE importait encore plus de 50 % de son énergie avant la crise ukrainienne, avec des dépendances critiques sur le gaz, les terres rares, les composants électroniques. On a remplacé une dépendance par une autre, parfois plus chère, souvent plus lointaine. L’autonomie version PowerPoint.

Et pendant que l’on proclame la « puissance économique », l’industrie européenne s’érode. La Banque centrale européenne reconnaît elle-même dans ses bulletins économiques que la compétitivité industrielle est mise sous pression par les coûts énergétiques et la fragmentation géopolitique. On parle de relocalisation, mais les investissements filent vers les États-Unis, dopés par l’Inflation Reduction Act.

Alors oui, l’idée d’une Europe puissance peut séduire. Mais une puissance qui multiplie les normes sans stratégie industrielle cohérente, qui sanctionne sans levier énergétique autonome, qui parle souveraineté tout en externalisant ses chaînes critiques, cela ressemble moins à une renaissance qu’à une pénitence réglementaire.

Le pire ? Cette certitude doctrinale. Des dirigeants persuadés que l’Histoire se plie aux communiqués. « Protéger nos marchés », dit Macron. Encore faudrait-il qu’il reste quelque chose à protéger.

À force d’ériger l’idéologie en politique économique, l’Europe risque de découvrir qu’on ne devient pas une puissance en répétant le mot. On le devient en maîtrisant ses dépendances, en sécurisant son énergie, en consolidant son industrie. Sinon, l’« indépendance » n’est qu’un slogan. Et le slogan, lui, ne produit ni acier, ni semi-conducteurs, ni croissance.

@BrainlessChanelx

Sources: Telegram "BrainlessChanelx"

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