Bravo Tropic ! Tu planes toujours plus haut

Bravo Tropic ! Tu planes toujours plus haut

lenouvelliste.com

Le 15 août 2020 restera dans les mémoires et l’histoire des prestations musicales sur les réseaux sociaux comme la date où les shows live ont dépassé le niveau d’un simple divertissement pour se hisser au stade d’un événement récapitulatif de hauts faits de l’histoire d’une nation. En moins de quatre heures, l’Orchestre Tropicana d’Haïti, pour ses 57 ans, a offert au monde entier un spectacle hors pair. En citoyens responsables, les musiciens ont accepté de reléguer au second plan leur 57e printemps pour mettre au-devant de la scène tous ces immortels qui nous ont donné ce coin de terre et la ville du Cap-Haïtien en particulier.

Avec la deuxième ville du pays, lieu de naissance de Toussaint Louverture, Tropic a contracté un vrai mariage de cœur. Cela transparaît clairement à travers l’hommage méritoire à Notre-Dame, les uniformes, le décor et les compositions sélectionnées pour ce grand concert live. Cet exploit sur Internet a prouvé que les impacts paralysants de la Covid-19, loin d’affaiblir la Fusée d’Or, n’ont fait que raffermir sa force de vaincre et son esprit créatif. En réservant toujours quelque chose de rare, Tropic a su apporter un regain d’espoir dans un monde piteusement affaibli par la pandémie. Comme l’a si bien martelé l’acteur Smoye Noisy, Tropicana a permis aux internautes du monde entier de dire oui à la vie. Pendant et après cet événement majeur, les commentaires élogieux à l’endroit de l’Orchestre bleu et blanc n’ont pas cessé. Agréablement surpris, les mélomanes de partout en parlent. Ils continuent de siffloter de joie…

Une réussite annoncée

On ne finira pas de dénombrer sur le net les artistes et personnalités importantes qui se sont offerts gratuitement pour motiver les internautes sur la tenue de ce grand show live ce 15 août 2020. Sous nos yeux ont défilé des personnalités appartenant à des tranches d’âge différentes : Murielle Leconte, Richie, Jesifra, Jocelyn Alcé (Ti Bass, maestro de Septentrional, qui a fait preuve d’unité dans la diversité), le petit Judemar, Toto Laraque, Mazora, Kapi de Tabou Combo, Dély D. François, le jeunet Patrick, Marie Junelle Papouloute… Ils ont été nombreux à motiver et à formuler des souhaits de « Joyeux 350e anniversaire de fondation » à la ville du Cap. Une vraie mosaïque qui confirme au plus haut point que Tropicana est incontestablement l’Orchestre de toutes les générations.

D’après l’administrateur Pelotat, le principal objectif de cette prestation, qui a atteint plus d’un million de views (1 258 000 exactement) sur Facebook en moins de 24 heures, était de permettre à chacun de siroter le doux Tropic. On est en droit de se demander combien de views elle atteindrait si on n’avait pas enregistré cette méchante coupure avant la deuxième tranche (difficultés de connexion) ; si on n’avait pas permis aux différentes chaînes de télévision de la diffuser en direct ; si l’électricité n’était pas un luxe en Haïti ; si la grande majorité des Haïtiens pouvaient disposer d’un téléphone portable adapté… Plus d’un million de vues sur Facebook en dépit de tous ces inconvénients majeurs ! La mission est bel et bien accomplie…

Le décor et la présentation

Le décor qui a abrité l’événement est architectural. Conçu avec les plus belles couleurs, il a été de temps en temps spectaculairement balayé par les feux des projecteurs qui se croisaient et se décroisaient. Si l’animation a été assurée de fort belle manière par Carel Pèdre et la chanteuse Darline Desca qui ont su tenir les internautes en haleine, la vraie surprise du début a été le dialogue entre le maestro Cinna Octavius Charles (Ti Blan) et l’administrateur adjoint Joseph Johnny Stiven, dans un sketch spécial. Johnny, qui s’est brillamment mis dans la peau du Roi Henri 1er, s’est montré très insatisfait de la situation dans laquelle se trouve plongée notre chère Haïti. Le roi bâtisseur a rappelé, avec amertume, à quel niveau de développement il avait laissé le pays avant son grand voyage le 8 octobre 1820. Amant de l’ordre, de l’honneur, de la discipline… il s’est finalement consolé sur Tropicana, une des rares institutions du pays à défendre ces valeurs. En bon fils de Christophe, le maestro Ti Blan a pris l’engagement solennel de continuer à engager le groupe dans la voie tracée par le Roi civilisateur. Élégamment campés dans les habits des généraux haïtiens de 1804, les musiciens de Tropic ont prouvé, une fois de plus, qu’ils sont l’exemple à suivre. À chaque partie de ce show live correspond un nouvel uniforme qui a rendu le décor plus impressionnant.

À la fin de la première partie, des difficultés de réseaux ont créé la désagréable surprise d’altérer la diffusion de la prestation. Cette coupure était partout ressentie comme une douche froide. Puisque tout ce qui ressort de Tropicana a été accompli, il s’ensuit une marée de commentaires négatifs à l’encontre du responsable de la diffusion du programme. Certains en ont profité pour se désaltérer, d’autres ont continué à cracher leur colère.

Après quelques minutes, toutes les attitudes agressives ont été emportées par la force de frappe de Tropic. Même si certains sont partis pour ne jamais revenir sur le net, les commentaires des internautes n’ont pas manqué d’apprécier les notes entraînantes de la guitare basse, les touches magiques de Herlex André (Docteur Dòy) et de Jude James Joseph (Bòs Boubout) au piano, les cris de joie et d’animation du maestro Ti Blan, le son rythmique du tambour d’Ernst Denis (Babout), des baguettes magiques de Frandy Julien, de Jimmy Papouloute… Dans « Oka Oka », l’administrateur Pelotat Pierre et Relex Georges, respectivement à la guitare et au saxophone, se sont surpassés. De son côté, Sa Majesté le Roi Henri 1er (Johnny Stiven) a dû attendre sa composition « Ayiti Bèl » pour prouver qu’en plus de son grand potentiel en art dramatique, il est un guitariste hors pair. À part du dialogue habituel entre le piano et la guitare qui caractérise la Fusée d’Or, on ne peut passer sous silence l’impact indélébile des lèvres du trésorier Clairmond Mondésir, de Vital Saint-Pierre, Witser Chatelier (qui animait la danse), Béthy Philma, Relex Georges, dans les instruments à vent. Comme Dessalines et les autres généraux à la Crête-à-Pierrot, les talentueux chanteurs Luc Doralus, Inobert, Bronson et Parisien (comme le vin se bonifie en vieillissant) ont bien mené la barque.

Des compositions savamment sélectionnées

Fondé le 15 août 1963, Tropicana a connu de sérieuses difficultés d’adaptation avant d’avoir la ville du Cap à ses pieds. À l’occasion de son troisième anniversaire de fondation, seulement 8 couples étaient présents au Cercle des Enrôlés, à Carénage. Pour parvenir à se créer une place dans une société capoise traditionnelle qui rejetait tout ce qui ne venait pas de la haute culture, le groupe musical a dû garder le moral en hausse. Ainsi, Notre-Dame de l’Assomption, patronne de la ville, est devenue pour Tropic un refuge et un baume qui réconforte le courage abattu de ses musiciens. Avant toute autre composition, il fallait, comme à l’accoutumée, saluer et rendre gloire à Manman Notre-Dame qui a permis au doux Tropic de traverser les étapes les plus difficiles de son existence.

Pour percer les déboires et cette transition qui a permis à l’Orchestre de vaincre le Cap, nos commentaires ne pourront jamais être plus expressifs que la voix de Parisien Fils-Aimé, dans la méringue carnavalesque de l’année 1981, titrée « Persévérance » :

« … An 63, lè nou fonde,

Pèsonn pa te janm vle aksepte nou

Yo ba nou tout surnom

Trip a kanna, Twa pye kanna

Tout sa nou fè pa t janm bon

Le nou jwe bal menm, se perte de temps

Nou pa te dekouraje

Nou te kenbe

Nou travay san n pa janm pran souf

Apre 6 an yo ba n ti non Tropik

Nou miltiplye prodiksyon nou

An 81 yo rele n Okès Moun Tout Bon… »

Et le mariage de cœur et de raison s’accomplit…

À 57 ans, si l’orchestre est parvenu au faîte de sa gloire, il se doit d’être reconnaissant au pays tout entier et à la ville du Cap en particulier. Avec brio, Tropic, dans ce show a mis l’accent sur :

a) le style des maisons de type colonial qui caressent nos regards par leur grande diversité de formes ;

b) la valorisation du dialecte capois dans tous ses attraits ;

c) les personnalités importantes qui ont ponctué la marche des événements : Toussaint Louverture, Oswald Durand, Anténor Firmin, Philomé Obin, Toto Bissainthe… ;

d) ses victoires (Vertières, Labadie, Septentrional, Tropicana, FICA, ASC…) et ses déboires (tremblements de terre, incendies, exécution d’Ogé et de Chavannes, mort de Henri Christophe, bidonvilisation, pauvreté, insécurité, black-out…).

À la face du monde, il fallait mettre en évidence les charmes de ce joyau en reprenant une composition du surdoué Daniel Larivière, à l’occasion de ses 30 ans de fondation. Au cours de ce show, un couple de jeunes danseurs a accompagné la voix rare de Luc Doralus dans l’exécution de « Joyeux Tricentenaire » :

« Joli damier de maisonnettes

Que d’âmes ont marqué ton existence

Que de gestes ont marqué ton histoire

Rappelle-les à tes fils qui te chantent

Carénage, Petite Guinée, La Fossette

Vertières, Haut-du-Cap et Petite-Anse

Musée de nos moments de gloire

Inspirent tes enfants qui te chantent

Joyeux Tricentenaire !

Dis-nous nous quelles victoires t’ont fait sourire

Dis-nous quels déboires t’ont fait souffrir

Dis-nous quels enfants tu as vu rire

Dis-nous quels titans tu as vu mourir

Leurs accents, il nous faut pour te dire :

Joyeux, joyeux tricentenaire !

Bonne Fête Ville du Cap !

Tes fils te rendent hommage

Joyeux Tricentenaire ! »

Avec des compositions variées et un rythme très entraînant, Tropicana a réussi à faire tanguer les reins et à déclencher des moments de folles ambiances. Les salons, les chambres, le macadam… tout a été transformé en piste en un rien de temps. On ne dansait pas uniquement parce qu’il y avait de la musique, mais parce qu’on était poussé à le faire. Partout, on entendait venir de la maison voisine des cris de joie, de réjouissances et de satisfaction qui formaient de véritables bruits de fond. Une sonorisation parfaite accompagnait des musiciens transformés en surhommes. Tout cela a largement contribué à cette force de frappe qui caractérise Tropicana.

Après cette soirée live, les mélomanes, électrisés, garderont toujours un éternel souvenir de :« 40e Quinze août », une chanson qui rime parfaitement avec l’anniversaire de l’Orchestre. Elle retrace le difficile chemin parcouru et remet en mémoire les principes de ce vieux dicton : « Qui veut manger le miel doit supporter la piqûre des abeilles ». « It’s so sweet », qui met en valeur les charmes de la femme haïtienne et les effets qu’elle peut produire sur un homme amoureux. Il garde le souvenir du fruit défendu dont il vante la douceur. Les cris de joie se sont fait entendre du côté des VIP qui se la coulaient douce. « Superstition », à travers lequel, sans vouloir rejeter nos traditions africaines, Daniel Larivière rejette l’attitude de certains concitoyens qui se font une mauvaise utilisation du vaudou pour conserver les emplois, dominer les autres… « Adrienne », qui raconte les déboires d’un jeune homme qui n’est pas parvenu à obtenir le « oui » de la demoiselle à qui il fait la cour. Malgré les nombreuses promesses de celle-ci, le oui tant rêvé se fait toujours attendre… « Bagay yo rèd », qui dénonce la dégradation accélérée des conditions de vie des haïtiens et le désespoir des jeunes. Face à la misère, l’insécurité, la dépréciation de la gourde… Tropic a renforcé les slogans : « Yo vin pi rèd… yo vin pi rèd ».

Comment oublier « Lanmou Bèl », un véritable chef-d’œuvre de Raphael Telsaint qu’on ne se laissera jamais d’entendre. Elle met en évidence la beauté de l’amour quand tout marche comme sur des roulettes. « Amour Sincère », qui prône une parfaite harmonie entre les couples et la construction de l’amour sur de bases solides. Ainsi, les discrédits de toutes sortes ne parviendront jamais à en saper les bases. « Ayiti Bèl », qui vante la beauté de notre chère Haïti, ses lieux historiques… Dans cette composition, Johnny Stiven a fait la promotion touristique du pays. « Oka Oka » pour cette chanson Tropic est allé puiser dans le répertoire de la musique africaine pour interpréter cette composition à succès. Elle met à nu les exigences que font habituellement une femme à qui on sollicite une danse. « Ingratitude » avec ce morceau, Daniel Larivière a réalisé un double exploit. Il a réussi à identifier les tares de nos concitoyens qui, entraînés par des refrains faciles, ne peuvent s’empêcher de les fredonner. Dans « Aprann reflechi », Pelotat invite ses concitoyens à ne pas utiliser des moyens déloyaux pour « réussir ». Cette composition continue de créer une folle ambiance dans toutes les soirées dansantes. « Gason total », les hommes éprouvent une immense fierté en se sentant forts sexuellement. À leurs yeux, cela leur permettra d’être bien traités par la dulcinée qui veut toujours atteindre l’orgasme… Le maestro Ti Blan en a fait une bonne lecture… « Kenbe Diyite w », de toutes les compositions du maestro Ti Blan, celle-ci est sans doute la meilleure. Ce 15 août, les musiciens ont exécuté les notes avec une virilité et une motivation étonnantes. Les mélomanes en sont sortis électrisés. Dans le message qui y est véhiculé, Ti Blan prône l’importance des vertus, des valeurs intrinsèques…

Cette belle soirée live du 15 août 2020 a une fois de plus prouvé que la vie, comme le chemin qu’a parcouru Tropicana, est parsemée d’embûches et de difficultés de toutes sortes. La détermination et la force de vaincre seront toujours indispensables pour parvenir à les surmonter. Déjà, le cap est mis sur les 60 ans de la Fusée d’Or, en 2023. Pour nous aider à reprendre notre identité et continuer à apporter le bonheur aux mélomanes, le professeur Antoine Augustin, président du Comité de Marketing de l’Orchestre, a eu le mérite de préciser que Tropicana continuera de compter sur chaque citoyen haïtien, sur chaque fanatique, sur les décideurs politiques, les animateurs des émissions compas, CORETROPIC, J’M TROPIC, FONDATROPIC… Comme pour tous les autres groupes musicaux haïtiens, les défis à surmonter sont de taille : industrie musicale en péril, insécurité grandissante, dévaluation accélérée de la monnaie nationale…

BONNE FÊTE CAP-HAÏTIEN !!!

BONNE FÊTE TROPIC !!!

Gérald Jean-Baptiste,

Normalien Supérieur (Sciences Sociales),

Maîtrise en Sciences du Développement en cours

jbgglendi@yahoo.fr

(509)4866-2020

Source lenouvelliste.com

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